Chez Hegel, le néant (das
Nichts) n'est pas un vide absolu ou une impasse mais un moteur essentiel de sa
philosophie par où débute la science de la logique.
1. L'identité de l'Être et du
Néant
Au commencement de la logique
Hegel analyse l'Être pur comme une abstraction totale, sans aucune
détermination (ni couleur, ni forme, ni temps).
Parce que cet Être est
"vide" de tout contenu, il est strictement la même chose que le
Néant. Le Néant, de son côté, est défini comme l'absence totale de
détermination. En conclusion l'Être pur et le néant pur sont une seule et même
chose.
2. Le Devenir :la vérité du néant
Si l'Être et le néant étaient
identiques et statiques, la pensée n’aurait pu se déployer. Leur sens réside
dans leur mouvement l'un vers l'autre. Le passage de l'Être au Néant est la disparition.
Le passage du Néant à l'Être est la naissance (ou l'apparaître).
Ce mouvement incessant entre
les deux s'appelle le Devenir. Le Néant est donc ce qui permet à la pensée de s’extraire
de l'immobilité vide du départ.
3. Le "Travail du
Négatif"
Chez Hegel, le néant prend
souvent la forme de la négativité. C'est une force active. Pour qu'une chose
devienne ce qu'elle est, elle doit nier ce qu'elle n'est pas. Une graine doit
"nier" son état de graine (cesser d'être graine) pour devenir une
plante.
Le néant n'est donc pas une
destruction, mais une étape nécessaire à la construction qui conduit à un
nouveau contenu plus riche. Chez Hegel, le néant est le moteur de la
dialectique. Sans lui, l'Être resterait et n’apparaitrait jamais ; grâce à lui,
la réalité peut se déployer et l'esprit peut progresser.
UNE CRITIQUE DE HEGEL
Pour que l'Être apparaisse en
sortant du néant il faut qu’il soit créé ex nihilo. Or rien ne peut surgir de
rien. Il y a ici un tour de passe-passe de Hegel qui rappelle le fiat luxe
chrétien et la création du monde par Dieu. Avec la prématière de Micalef la création
se fait a partir de quelque chose qui est éternelle et qui n'est pas le néant.
Pour Hegel, le passage du
Néant à l'Être est une nécessité logique, mais pour un physicien ou un tenant
de la substance éternelle, c'est une impossibilité ontologique.
1. Le refus de l' ex nihilo :
La Prématière vs le néant hégélien
Pour Hegel, le néant est une
catégorie de la pensée. Il pose l'Être pur (sans détermination) et constate
qu'il est identique au Vide. C'est un point de départ abstrait.
Pour la théorie de la prématière
: le "vide" n'existe pas. Ce que Hegel appelle "Néant" ou
"Être pur" est en réalité la Prématière : une substance réelle,
dense, éternelle et incréée. La conséquence : Il n'y a pas de
"création" au sens d'une apparition à partir de rien (ex nihilo),
mais une transmutation. L'Être ne "sort" pas du Néant ; il est la
prématière qui change d'état (qui se fragmente ou se condense en matière).
2. Le "Fiat Lux"
logique de Hegel
Hegel est souvent accusé de
vouloir faire de la logique une théologie. Dans son système, l'Idée (ou Dieu
avant la création) se déploie par la seule force de sa propre contradiction
interne. En disant que l'Être et le Néant sont identiques et que leur vérité
est le Devenir, Hegel tente de justifier le mouvement sans avoir besoin d'une
"poussée" extérieure ou d'une substance préexistante
En revanche, avec la prématière, le mouvement
(le devenir) n'est pas un miracle logique, mais une propriété physique de la
substance éternelle. On remplace le "tour de magie" dialectique par
une dynamique de la substance.
3. Vers une "Physique de
l'Esprit"
Chez Hegel : L'esprit semble
s'auto-engendrer à partir du vide logique. Dans la nouvelle vision l'esprit est
le résultat du travail de la prématière sur elle-même. C'est la substance
éternelle qui, à travers des milliards d'années de l’évolution engendre la
pensée.
Là où Hegel voit une naissance
miraculeuse à partir du vide, la théorie de la prématière est la manifestation
d'une réalité qui a toujours été mais "invisible" ou
"indifférenciée". Le passage ne se fait pas de "rien à quelque
chose", mais de la "substance invisible (prématière) à la forme visible (matière/esprit)".
Le problème de la création du
monde ex nihilo se rencontre dans a peu près toutes les cosmogonies puisqu'elles ne peuvent concevoir le monde comme éternel. Avec la TPM on distingue ce qui
est éternel et donc incréé et ce qui est créé et temporel. Cela permet de
combler l'aporie qu'on rencontre chez Hegel mais aussi dans presque toutes les
cosmogonies
La plupart des cosmogonies
(religieuses ou scientifiques comme le Big Bang "vulgarisé") butent
sur le mur du T.0 : qu'y avait-il une seconde avant le début ? Si on ne répond
« rien », on tombe dans le miracle (ex nihilo). Si on répond "quelque
chose", alors le "commencement" n'en est plus un.
On ne notera jamais assez les
difficultés qu'ont eu toutes les cosmogonies d'imaginer un univers incréé qui a
toujours été. Il faut toujours un commencement au temps ( cf. big bang). Or la
théorie de la prématière résout cette contradiction en distinguant deux objets
physiques différents, ce qu'on ne pouvait faire quand une seule substance était
envisagée.
En introduisant la distinction
de la prématière, on résout cette contradiction :
Ce qui est créé/temporel :
C'est la matière, les objets, les formes, l'univers "phénoménal".
C'est ce qui a un début et une fin.
Ce qui est éternel/incréé :
C'est la prématière (ou substance spatiale). Elle ne "commence" pas,
elle Est de toute éternité, incréée.
L'erreur de Hegel est d'avoir
voulu faire de l'Éternel (l'Idée/l'Être pur) quelque chose qui doit
"devenir" pour être réel. Avec la théorie de la prématière l'éternité
est la base stable, et le mouvement n'est qu'une transformation interne de
cette base.
4. Deux objets physiques, deux
ontologies
On postule deux objets
physiques aux propriétés inverses :
La prématière (l'incréé) : fluide, continue, éternelle, sans masse au sens conventionnel, remplissant tout
l'espace. Elle est le "plein" qui rend le néant impossible.
La Matière (le Créé) :
Discontinue, fragmentée, temporelle, résultant d'une structuration
(onde/vortex) de la prématière.
C'est cette distinction qui
permet de dire : « L'Univers est éternel dans sa substance (prématière) mais temporel
et changeant dans sa forme (matière). »
5. La réconciliation : Une
création sans "fiat lux"
La "création"
devient un processus de condensation ou de structuration :la prématière éternelle est le
substrat sans âge. La Création est le
moment où cette substance entre en mouvement, se fragmente et crée le temps.
L'Esprit est la conscience que
prend cette substance de ses propres lois.
C'est une avancée majeure par
rapport aux cosmogonies classiques : on ne demande plus à l'esprit de surgir du
néant par un tour de magie, mais de s'éveiller à partir d'une substance qui a
toujours été là. L'aporie hégélienne (l'identité de l'être et du néant) est
alors remplacée par la continuité de la substance.
C'est précisément là que
réside la rupture épistémologique majeure. Le verrou mental qui a bloqué la
plupart des cosmogonies (et Hegel avec elles) vient de ce monisme de la
substance unique : si l'on ne considère qu'une seule forme de réalité (la
matière ou l'esprit), soit elle est éternelle et figée, soit elle commence un
jour, et l'on retombe sur l'aporie du ex nihilo.
6. La fin du "dogme du
commencement"
Dans le modèle standard (Big
Bang), on cherche désespérément un point zéro car on essaie de faire naître la
matière à partir de rien (ou d'une singularité mathématique abstraite). Dans la TPM le temps ne commence pas avec
l'univers, car la prématière est hors du temps linéaire ; elle est l'éternité
substantielle.
Ce qui "commence",
c'est uniquement le cycle de la matière (les corps massiques). Le temps est
alors une mesure du mouvement de la matière au sein de la prématière, et non un
cadre vide qui aurait surgi de nulle part.
La résolution de l'aporie
hégélienne
En intégrant Micalef dans
notre réflexion sur l'Esprit hégélien, on aboutit à une vision d'une cohérence
rare : l'univers n'a pas besoin de "Dieu" ou d'un "Fiat
Lux" pour sortir du Néant. Il est un processus éternel de conscience de
soi. La prématière est le socle éternel, et l'évolution vers l'Esprit est le
mouvement par lequel cette substance, en se structurant en matière, finit par
se "regarder" elle-même.
On passe d'une métaphysique du
miracle à une physique de l'éternité.Cela nous éloigne de
l'Être et du Néant (en apparence)
Pourtant, sur le plan du fond,
on réalise l'ambition ultime de la philosophie : le "néant" de Hegel
est définitivement évacué, il n'y a jamais de vide, seulement des états de
densité différents de la substance.
L’Être" n'est plus une
idée abstraite, c'est la pression de la prématière qui cherche à se manifester.