La prématière est une substance pré-matérielle au sens où sa transmutation aboutir à la matière de sorte que la matière est de l'espace substance transformée. Cette définition de la prématière comme substance dont la transmutation produit la matière supprime le dualisme entre le "vide" et le "plein". Dans cette perspective, la matière n'est pas "dans" l'espace, elle est de l'espace condensé ou structuré.
Si l'on confronte cette vision à l'ontologie de Heidegger, on s'aperçoit qu’il y a une solution théorique à ce qu'il appelait le "retrait de l'Être".
La question de l'Être, que Heidegger considérait comme la question centrale mais oubliée de la philosophie, trouve un écho inattendu dans les théories contemporaines de la substance de l'espace. Alors que Heidegger s'efforçait de définir l'Être comme un horizon de sens et un événement temporel, la théorie propose une assise physique à ce mystère : la prématière. Cet exposé synthétise la rencontre entre le "dévoilement" heideggérien et la "transmutation" de la substance spatiale.
1. Le Néant n'est pas "Rien"
Heidegger dit : "Le Néant néantise" (Das Nichts nichtet). Cela signifie que le Néant est une force active.
Dans l’approche de la Prématière celle-ci est ce qui semble n'être "rien" pour nos sens et nos instruments de mesure actuels (car elle n'est pas encore matière, elle n'a pas de volume délimité).
Ce "Néant" heideggérien pourrait donc être interprété comme l'Espace-Substance lui-même : il nous paraît vide, mais il est la condition de possibilité de tout ce qui "est".
I. L'Être et la Prématière : Le Fondement Invisible
Pour Heidegger, la "différence ontologique" sépare l'étant (la chose) de l'Être (le faire apparaître). L'Être n'est pas une chose, mais la lumière qui permet de voir les objets.
La prématière, comme l'Être, ne peut jamais être saisie comme telle." Cela nous place dans une position d'humilité épistémologique. Nous pouvons décrire le processus de transmutation (la physique), mais nous ne pouvons jamais observer la substance elle-même, car observer, c'est déjà transformer en "étant", c'est déjà figer dans le temps ce qui est éternel.
La théorie de la PM donne un corps à cette intuition : l'Être peut être identifié à la prématière. Cette substance incréée, structurant l'espace, constitue le "fond" permanent de l'univers. Comme l'Être de Heidegger, la prématière ne se donne jamais à voir directement ; elle est ce qui "est" sans "ex-ister". Elle ne possède pas de volume délimité ni de finitude, ce qui en fait une substance éternelle et infinie, l'équivalent physique du "Néant" heideggérien qui n'est pas une absence, mais le réservoir de toute présence.
Le "Retrait" comme nécessité physique et métaphysique
Dans ce modèle, le retrait de l'Être n'est plus une "bouderie" poétique de l'univers, mais une structure de réalité :
La Prématière (L'Être) : Elle est le fondement invisible, l'immuable, le "Un". Elle est partout, mais parce qu'elle n'est pas "temporelle" (elle n'ex-iste pas, elle ne sort pas d'elle-même), elle reste indétectable par nos sens et nos instruments.
La Matière (L'étant) : Elle est la prématière qui a "muté", qui est entrée dans le temps et la forme. Elle est le seul aspect de la réalité qui nous soit accessible.
Le "retrait de l'Être" s'explique alors physiquement : la substance d'origine se retire derrière la forme qu'elle prend pour devenir "objet". Pour que la matière apparaisse, la prématière doit se "cacher" en elle.
II. La Transmutation : L'Entrée dans le Temps
Le point de rupture entre l'éternité et la finitude se situe dans le processus de transmutation.
Pour Heidegger, l'existence est caractérisée par la temporalité. Être, c'est être dans le temps.
Pour Micalef, la matière est de l'espace-substance transformé.
Cette mutation de la prématière en matière explique ce que Heidegger nommait le "retrait de l'Être". En se densifiant pour devenir "étant" (objet, matière, corps), la substance originelle se retire et se cache derrière la forme. La matière devient ainsi une modalité temporelle et périssable de l'espace éternel. L'apparition d'un objet est nécessairement le résultat de cette transformation de la substance : c'est le passage de l'Être (immuable) à l'Ex-istence (temporelle).
III. Le Dasein : Entre Principe Éternel et Finitude Historique
L'être humain, ou Dasein, occupe une position charnière. Heidegger le définit par sa finitude et son angoisse devant la mort, car il est "jeté" dans le monde.
La synthèse de Micalef permet de distinguer deux niveaux chez le Dasein :
- L'Individu historique : Soumis aux lois de la matière, il est voué à la disparition. Son angoisse est le pressentiment de sa dé-transmutation, le retour de sa forme particulière à l'indifférencié.
- Le Principe Humain : En tant que fonction de compréhension et d'ouverture, le Dasein est un principe éternel né de l'évolution de la substance. Il est le lieu où l'univers, parvenu à un haut degré de perfectionnement, peut enfin "déclarer sa présence".
IV. La Science comme Exploration du Mystère
Si Heidegger craignait que la science ne vienne "arraisonner" le monde et détruire le sacré, la perspective de Micalef réconcilie les deux domaines. L'approche scientifique n'est plus une simple mesure technique, mais une lecture de la structure de l'Être.
Comprendre les lois de la prématière et de sa transmutation, c'est progresser dans la description du mystère sans prétendre le supprimer. L'intelligence humaine, bien que logée dans un étant éphémère, accède par la connaissance à la logique de la substance éternelle. La disparition individuelle devient alors, au-delà de la douleur de la perte, la restitution d'une forme temporaire à la plénitude de l'espace-substance.