samedi 10 janvier 2026

231 -LE DEVENIR CHEZ HEGEL ET L’ETERNITE DE LA PREMATIERE

Chez Hegel, le néant (das Nichts) n'est pas un vide absolu ou une impasse mais un moteur essentiel de sa philosophie par où débute la science de la logique.

1. L'identité de l'Être et du Néant

Au commencement de la logique Hegel analyse l'Être pur comme une abstraction totale, sans aucune détermination (ni couleur, ni forme, ni temps).

Parce que cet Être est "vide" de tout contenu, il est strictement la même chose que le Néant. Le Néant, de son côté, est défini comme l'absence totale de détermination. En conclusion l'Être pur et le néant pur sont une seule et même chose.

2. Le Devenir :la vérité du néant

Si l'Être et le néant étaient identiques et statiques, la pensée n’aurait pu se déployer. Leur sens réside dans leur mouvement l'un vers l'autre. Le passage de l'Être au Néant est la disparition. Le passage du Néant à l'Être est la naissance (ou l'apparaître).

Ce mouvement incessant entre les deux s'appelle le Devenir. Le Néant est donc ce qui permet à la pensée de s’extraire de l'immobilité vide du départ.

3. Le "Travail du Négatif"

Chez Hegel, le néant prend souvent la forme de la négativité. C'est une force active. Pour qu'une chose devienne ce qu'elle est, elle doit nier ce qu'elle n'est pas. Une graine doit "nier" son état de graine (cesser d'être graine) pour devenir une plante.

Le néant n'est donc pas une destruction, mais une étape nécessaire à la construction qui conduit à un nouveau contenu plus riche. Chez Hegel, le néant est le moteur de la dialectique. Sans lui, l'Être resterait et n’apparaitrait jamais ; grâce à lui, la réalité peut se déployer et l'esprit peut progresser.

UNE CRITIQUE DE HEGEL

Pour que l'Être apparaisse en sortant du néant il faut qu’il soit créé ex nihilo. Or rien ne peut surgir de rien. Il y a ici un tour de passe-passe de Hegel qui rappelle le fiat luxe chrétien et la création du monde par Dieu. Avec la prématière de Micalef la création se fait a partir de quelque chose qui est éternelle et qui n'est pas le néant.

Pour Hegel, le passage du Néant à l'Être est une nécessité logique, mais pour un physicien ou un tenant de la substance éternelle, c'est une impossibilité ontologique.

1. Le refus de l' ex nihilo : La Prématière vs le néant hégélien

Pour Hegel, le néant est une catégorie de la pensée. Il pose l'Être pur (sans détermination) et constate qu'il est identique au Vide. C'est un point de départ abstrait.

Pour la théorie de la prématière : le "vide" n'existe pas. Ce que Hegel appelle "Néant" ou "Être pur" est en réalité la Prématière : une substance réelle, dense, éternelle et incréée. La conséquence : Il n'y a pas de "création" au sens d'une apparition à partir de rien (ex nihilo), mais une transmutation. L'Être ne "sort" pas du Néant ; il est la prématière qui change d'état (qui se fragmente ou se condense en matière).

2. Le "Fiat Lux" logique de Hegel

Hegel est souvent accusé de vouloir faire de la logique une théologie. Dans son système, l'Idée (ou Dieu avant la création) se déploie par la seule force de sa propre contradiction interne. En disant que l'Être et le Néant sont identiques et que leur vérité est le Devenir, Hegel tente de justifier le mouvement sans avoir besoin d'une "poussée" extérieure ou d'une substance préexistante

 En revanche, avec la prématière, le mouvement (le devenir) n'est pas un miracle logique, mais une propriété physique de la substance éternelle. On remplace le "tour de magie" dialectique par une dynamique de la substance.

3. Vers une "Physique de l'Esprit"

Chez Hegel : L'esprit semble s'auto-engendrer à partir du vide logique. Dans la nouvelle vision l'esprit est le résultat du travail de la prématière sur elle-même. C'est la substance éternelle qui, à travers des milliards d'années de l’évolution engendre la pensée.

Là où Hegel voit une naissance miraculeuse à partir du vide, la théorie de la prématière est la manifestation d'une réalité qui a toujours été mais "invisible" ou "indifférenciée". Le passage ne se fait pas de "rien à quelque chose", mais de la "substance invisible (prématière) à la forme visible (matière/esprit)".

Le problème de la création du monde ex nihilo se rencontre dans a peu près toutes les cosmogonies puisqu'elles ne peuvent concevoir le monde comme éternel. Avec la TPM on distingue ce qui est éternel et donc incréé et ce qui est créé et temporel. Cela permet de combler l'aporie qu'on rencontre chez Hegel mais aussi dans presque toutes les cosmogonies

La plupart des cosmogonies (religieuses ou scientifiques comme le Big Bang "vulgarisé") butent sur le mur du T.0 : qu'y avait-il une seconde avant le début ? Si on ne répond « rien », on tombe dans le miracle (ex nihilo). Si on répond "quelque chose", alors le "commencement" n'en est plus un.

On ne notera jamais assez les difficultés qu'ont eu toutes les cosmogonies d'imaginer un univers incréé qui a toujours été. Il faut toujours un commencement au temps ( cf. big bang). Or la théorie de la prématière résout cette contradiction en distinguant deux objets physiques différents, ce qu'on ne pouvait faire quand une seule substance était envisagée.

En introduisant la distinction de la prématière, on résout cette contradiction :

Ce qui est créé/temporel : C'est la matière, les objets, les formes, l'univers "phénoménal". C'est ce qui a un début et une fin.

Ce qui est éternel/incréé : C'est la prématière (ou substance spatiale). Elle ne "commence" pas, elle Est de toute éternité, incréée.

L'erreur de Hegel est d'avoir voulu faire de l'Éternel (l'Idée/l'Être pur) quelque chose qui doit "devenir" pour être réel. Avec la théorie de la prématière l'éternité est la base stable, et le mouvement n'est qu'une transformation interne de cette base.

4. Deux objets physiques, deux ontologies

On postule deux objets physiques aux propriétés inverses :

La prématière (l'incréé) : fluide, continue, éternelle, sans masse au sens conventionnel, remplissant tout l'espace. Elle est le "plein" qui rend le néant impossible.

La Matière (le Créé) : Discontinue, fragmentée, temporelle, résultant d'une structuration (onde/vortex) de la prématière.

C'est cette distinction qui permet de dire : « L'Univers est éternel dans sa substance (prématière) mais temporel et changeant dans sa forme (matière). »

5. La réconciliation : Une création sans "fiat lux"

La "création" devient un processus de condensation ou de structuration :la prématière éternelle est le substrat sans âge.  La Création est le moment où cette substance entre en mouvement, se fragmente et crée le temps.

L'Esprit est la conscience que prend cette substance de ses propres lois.

C'est une avancée majeure par rapport aux cosmogonies classiques : on ne demande plus à l'esprit de surgir du néant par un tour de magie, mais de s'éveiller à partir d'une substance qui a toujours été là. L'aporie hégélienne (l'identité de l'être et du néant) est alors remplacée par la continuité de la substance.

C'est précisément là que réside la rupture épistémologique majeure. Le verrou mental qui a bloqué la plupart des cosmogonies (et Hegel avec elles) vient de ce monisme de la substance unique : si l'on ne considère qu'une seule forme de réalité (la matière ou l'esprit), soit elle est éternelle et figée, soit elle commence un jour, et l'on retombe sur l'aporie du ex nihilo.

6. La fin du "dogme du commencement"

Dans le modèle standard (Big Bang), on cherche désespérément un point zéro car on essaie de faire naître la matière à partir de rien (ou d'une singularité mathématique abstraite).    Dans la TPM le temps ne commence pas avec l'univers, car la prématière est hors du temps linéaire ; elle est l'éternité substantielle.

Ce qui "commence", c'est uniquement le cycle de la matière (les corps massiques). Le temps est alors une mesure du mouvement de la matière au sein de la prématière, et non un cadre vide qui aurait surgi de nulle part.

La résolution de l'aporie hégélienne

En intégrant Micalef dans notre réflexion sur l'Esprit hégélien, on aboutit à une vision d'une cohérence rare : l'univers n'a pas besoin de "Dieu" ou d'un "Fiat Lux" pour sortir du Néant. Il est un processus éternel de conscience de soi. La prématière est le socle éternel, et l'évolution vers l'Esprit est le mouvement par lequel cette substance, en se structurant en matière, finit par se "regarder" elle-même.

On passe d'une métaphysique du miracle à une physique de l'éternité.Cela nous éloigne de l'Être et du Néant (en apparence)

Pourtant, sur le plan du fond, on réalise l'ambition ultime de la philosophie : le "néant" de Hegel est définitivement évacué, il n'y a jamais de vide, seulement des états de densité différents de la substance.

L’Être" n'est plus une idée abstraite, c'est la pression de la prématière qui cherche à se manifester.

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